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Dossier spécial street art : trois street artistes engagés et percutants

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Nous vous avons choisi une sélection des street artistes engagés les plus influents de ces dernières décennies

L’incontournable Banksy

Si on ne connaît toujours pas son identité, son style, quant à lui, laisse peu de doute sur l’auteur de ses créations. La preuve en est lors de sa dernière visite à Paris, au mois de juin, lors de laquelle l’artiste a parsemé quelques murs de ses frappantes créations. Malgré l’absence de signature, les amateurs d’art n’ont pas mis longtemps à attribuer ces œuvres au mystérieux Banksy, juste avant que lui-même ne les revendique sur son site internet.

Hyperréactif face à l’actualité, et sans nul doute hypersensible devant l’injustice, cet écorché-vif semble vouloir sortir les individus de leur torpeur quotidienne, lorsqu’au détour d’une ruelle, une de ses compositions au pochoir (technique majoritairement utilisée pour plus de rapidité et éviter de se faire prendre en flag !) vient vous rappeler que les plus vils sentiments humains sont toujours d’actualité : racisme, fascisme, exclusion, autant d’absurdités qui le révoltent et qu’il dénonce en essayant de réveiller les consciences.

Parmi ses dernières œuvres exposées à Paris, on a pu voir une petite fille juchée sur une caisse en bois, en train de recouvrir une abominable et massive croix gammée avec des motifs floraux roses, symboles d’innocence.

Parfois, en admirant une œuvre de Banksy, c’est d’abord son humour qui vous saute aux yeux, avant de réaliser que l’absurdité de la situation revêt une part beaucoup plus sombre. Toujours lors de sa dernière exposition clandestine parisienne, on a pu voir un chien assis devant son maître qui tient un os dans une main. Mais, dans l’autre main cachée derrière son dos, l’homme tient en réalité une scie, et quand notre regard se porte à nouveau sur le chien, on remarque qu’il lui manque une patte.

Anticapitaliste plus que convaincu, Banksy a-t-il voulu nous faire voir  le non-sens de notre société ultra-consumériste avec cette allégorie ? Une masse de gens sacrifiant tout pour posséder le dernier objet à la mode, fabriqué par les plus grands lobbys, ceux-là même qui détruisent notre environnement et appauvrissent les populations pour faire vivre une poignée de riches spéculateurs éhontés…Dans l’esprit de l’artiste, il est possible que notre société lui apparaisse comme une armée de toutous dociles, vénérant leurs propres bourreaux. En tous cas, lorsqu’on connaît et reconnaît l’art de Banksy, on peut s’autoriser à le penser.

Un autre de ses grands combats est de militer pour la paix, avec des images chocs, qui délivrent des messages comme autant d’uppercuts dans nos consciences en hibernation. Et pour ce faire, l’artiste ne choisit pas ses lieux d’exposition au hasard. Aussi retrouve t-on une grande partie de ses œuvres sur le mur qui sépare Israëliens et Palestiniens sur la bande de Ghaza.

Des fresques souvent teintées de pureté et d’innocence pour contraster avec l’horreur de ce nouvel apartheid qui semble insoluble aujourd’hui encore. Des paysages idylliques, une petite fille emportée par un bouquet de ballons, une autre fillette désarmant un soldat en lui fouillant les poches…

Mon œuvre coup de cœur se trouve justement de l’autre côté du mur, à Béthléem, et représente une colombe en vol, qui porte un gilet pare-balles. Sur ce même gilet, on voit apparaître le reflet d’une cible rouge, signe que l’oiseau est visé par un sniper.

Bref, vous l’aurez compris, l’œuvre de Banksy est profondément subversive et même si ses messages politiques ou sociétaux sont souvent les mêmes, il n’en utilise pas moins une multitude de représentations, qui fait qu’on ne se lasse jamais, et, au contraire, c’est toujours avec une montée d’adrénaline que l’on découvre une nouvelle peinture murale aux quatre coins du globe.

Le très direct SpY

Dans un tout autre style, l’artiste de rue espagnol SpY a commencé par des graffitis soignés dans sa jeunesse. Une fois sa notoriété assise, il développe un mode d’expression bien différent, avec des messages à grande échelle peints sur les murs des grandes villes européennes. D’une simplicité mais d’une efficacité rares, l’artiste se sert de l’environnement urbain pour créer un moment éphémère, sans jamais dénaturer le décor d’origine de façon définitive.

Tout comme Bansky, SpY est révolté par le système, l’envahissement de la publicité et de la surconsommation, la guerre et les inégalités. Mais c’est par un tout autre biais qu’il a décidé de s’exprimer, dans un style artistique qui lui aussi souhaite réveiller les consciences, mais avec une simplicité esthétique qui ne fait que renforcer le message.

Parmi ses œuvres les plus remarquables, on peut citer celle de Bilbao, dans son pays d’origine, où l’artiste a inscrit en taille géante sur une façade le mot « crise » en anglais, à l’aide de 1000 euros en pièces de 2 centimes. Une manière d’évoquer la crise financière mondiale tout en s’interrogeant sur les valeurs et spéculations monétaires. Notons qu’après 24 heures d’exposition seulement, toutes les pièces avaient été arrachées par les habitants du quartier…

Sur le même mode d’expression, on retrouve à grande échelle des lettres capitales peintes à l’envers sur le mur d’un bâtiment norvégien au bord de l’eau. Ainsi, ce n’est que dans le reflet de l’eau que l’on peut voir apparaître le mot « Alive », dont le sens est décuplé par sa simple présence inattendue.

En Pologne, SpY, selon la même pratique, a inscrit le mot « Think », toujours en lettres capitales noires et imposantes, sur un mur en ruine d’un quartier de Katowice.

En plus de ces messages très percutants, malgré une simplicité désarmante, l’artiste aime jouer avec les contrastes et parfois, il ne cherche qu’à embellir momentanément un lieu plutôt morose.

On en a un très bel exemple, en Suisse, où SpY a accroché un croissant de lune, en matière blanche phosphorescente, au bras d’une grue de chantier dans ce qui semble être une zone industrielle. A la nuit tombée, dans les hauteurs de la ville, on ne peut qu’être émerveillé devant ce spectacle poétique contrastant avec le décor d’origine.

Enfin, c’est en France que l’artiste a installé, dans la ville de Besançon, une stèle en marbre noir, sur laquelle est inscrite la devise « liberté, égalité, fraternité », gravée et recouverte d’or.

Dans une société de plus en plus égoïste, le message est certes pessimiste mais puissant de questionnement surles valeurs actuelles qui guident notre pays.

L’espièglerie de Martin Parker

Parmi la multitude d’artistes de rue talentueux, on peut évoquer ce franco-américain de 39 ans, né à Paris et habitant à New York, qui lui aussi, a laissé des traces de son œuvre un peu partout sur la planète. Tout comme Bansky bien que lui opère toujours en plein jour, cet artiste a toujours su garder l’anonymat.

Son style, radicalement différent des deux précédents, utilise des moyens encore plus simples que SpY, en s’amusant à détourner ou pirater des objets du quotidien citadin. Même si l’humour qu’utilise Martin Parker paraît plus léger que ses contemporains, ne nous y trompons pas : parfois, c’est une ironie non dénuée de gravité qui se dégage de certaines de ses exhibitions.

Voici un premier exemple de légèreté, révélatrice néanmoins des dégâts engendrés par le capitalisme. Il s’agit d’une peinture au sol, devant l’entrée d’une banque dont la porte est entrouverte, représentant des empruntes de chaussures se dirigeant vers la banque. Juste à côté on peut voir des traces de pieds nus qui, eux, ressortent de l’établissement !

Un message clair et amusant s’il ne révélait pas une réalité bien triste dans une société où règnent les inégalités. Martin Parker a ainsi fait subir le même sort à plusieurs banques, dans un quartier d’affaires new yorkais en 2015.

En 2013, il colle une grande banderole sur un mur d’affichage publicitaire cette phrase, écrite en lettres capitales : « Dans notre société, les pizzas arrivent plus vite que la police ! ». Pour un « artiviste », aux actes souvent clandestins, il s’agit d’une blague espiègle, du second degré, comme il le reconnaît lui-même lors d’une de ses rares interviews la même année.
D’ailleurs, il en profite également pour expliquer ce qui pour lui est le plus jubilatoire dans sa façon de s’exprimer : « Retourner les armes de la publicité contre elle-même reste mon sport favori ».

Restent les projets dont l’ironie se veut beaucoup plus sombre. Intitulée « Mac Donald’s Garbage Project », l’expérience de Martin Parker consistait, en 2003-2004, à Manhattan puis à Paris, à coller un sticker sur l’ouverture des poubelles dans les Mac Do. Sur ce support, une image à peine supportable d’un enfant africain souffrant de dénutrition sévère venait contraster avec le gaspillage alimentaire à-tout-va provoqué par notre société de consommation. Preuve de l’aspect insupportable de sa prestation, les stickers ne sont jamais restés en place plus de 20 minutes.

Parmi les objets quotidiens que l’artiste a détournés, on peut compter de nombreux panneaux de signalisation dont le message premier a été piraté. Si certains encore une fois nous interpellent par leur légèreté, d’autres, au contraire, reflètent un humour beaucoup plus noir.

Ainsi, dans une station de métro américaine, à la place d’un panneau d’orientation, Martin Parker a fait passer le message suivant : « Sautez ici », avec une flèche indiquant les rails en contrebas, et juste à côté, s’il était besoin de préciser : « Zone de suicide ». Lorsque l’on sait le nombre de personnes qui décident d’en finir dans les stations de métro du monde entier, l’artiste a certainement tenu à nous rappeler cette réalité cruelle d’un désespoir de l’humanité toujours grandissant.

C’est donc avec très peu de moyens et de matériels que Martin Parker nous éclabousse de ses messages mordants, et, à ceux qui contestent l’appartenance de ses projets au domaine artistique, du fait de leur minimalisme, Martin donne, en réponse à ses détracteurs, une magnifique définition du Street Art : « Si vous êtes activiste, critique et subversif, vous êtes un Street Artiste ».

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